r Monsieur Verdoux
Charles Chaplin, USA, 1947o
Employé de banque au chômage, Henri Verdoux pourvoit au besoin de sa famille en séduisant des femmes mûres fortunées, qu'il fait disparaître avant de s'emparer de leur bien. De fil en aiguille, il mène non pas une double, mais une quintuple vie, entre obligations familiales et opérations criminelles conduites chaque fois sous une nouvelle identité.
Chômeur, le Français Verdoux fait commerce du meurtre de femmes fortunées qu’il séduit. Mari et père de famille le week-end, il sillonne la France en semaine, endossant une nouvelle identité auprès de chaque victime. Le huitième long-métrage de Chaplin tranche avec ses réalisations précédentes: il y troque son rôle de vagabond généreux pour celui d’un tueur de dames sans scrupules, remplace son optimisme engagé pour un fatalisme désillusionné. Si l’humour n’y est pas absent, il se teinte d’une noirceur inédite: le meurtre y est dépeint comme «l’extension logique des affaires». Cette charge contre le mercantilisme fut mal reçue aux États-Unis, où Chaplin était accusé de communisme. En attendant, cette fable provocatrice donne toujours matière à penser: nul individu n’est plus monstrueux que le système qui l’a engendré.
Emilien Gür
